Vous connaissez certainement la grande saga épique Game of Thrones (Le Trône de Fer en français), qui s’est achevée par une dernière saison mi-figue mi-raisin suscitant des tonnes de polémiques sur la toile.  Comme pour toutes les sagas du genre, je suis toujours impressionnée par le soin qui est apporté aux détails des décors et des costumes. Si vous avez regardé la série, vous avez sans doute remarqué quelques pages de manuscrits de temps à autres. Quand on s’intéresse à la calligraphie, difficile de ne pas se pencher sur le matériel qui a été réalisé pour la série. Voici un petit aperçu…

NB : pas de spoilers dans cet article, mais si vous n’avez pas vu la série, il se peut que tout ceci soit un peu abscons. Profitez au moins des images 😉

Une écriture pseudo-médiévale, mariant plusieurs influences

Les premiers écrits que l’on voit dans la série sont dans la saison 1, lorsque Eddard Stark feuillette le livre des lignées des familles de Westeros et découvre que Joffrey n’est pas le fils de … Mince, pas de spoiler ! L’ouvrage est un manuscrit énorme, vraisemblablement réalisé sur du parchemin.

Sur cet ouvrage, on note l’utilisation de capitales dans le titre BARATHEON, qui n’ont rien d’historique, comme en témoignent ces petits empattements façon western, mais c’est joli.

L’écriture, elle, se rapproche d’une onciale, pour les mots en majuscules (visiblement des noms propres), et pour le reste, cela ressemble plus à une cursive gothique. Là encore, c’est historiquement complètement à côté de la plaque, mais assis devant le poste et happé par l’histoire, ça passe.

Le second ouvrage remarquable, que l’on voit plusieurs fois dans la série, est le « Book of Brothers », qui décrit les exploits des membres de la Garde Royale. Dans la dernière saison, le chapitre consacré à Jaimie Lannister est d’ailleurs complété à la plume par une Brienne de Torth émue et larmoyante, signant là l’épitaphe de son défunt amour (snif).

Brienne de Torth
Book of Brothers : on note un décor d’influence gothique

Autres ouvrages remarquables, les traités de médecine ou d’histoire que Sam Tarly consulte à la Citadelle :

Comment soigner la grisécaille, en gothique plutôt
Une petite potion et des outils pour soigner la grisécaille, toujours en gothique
La dague en verredragon, en gothique

Comment ces calligraphies ont-elles été créées pour la série Game of Thrones ?

A l’origine des styles d’écriture utilisés dans ses manuscrits, le travail de deux graphistes américains. Ils expliquent dans un des documentaires sur le making-off de la série, s’être inspirés de sources médiévales, mais avec une nécessité d’adaptation pour les besoins de la série.

L’écriture est simplifiée

Une grande quantité de documents ont été écrites à la main – pour des question de vraisemblance – par les graphistes de la production. Il n’était pas question d’y passer des décennies, d’où une simplification permettant une écriture relativement rapide de ces documents. Les délais de la chaine HBO n’étant pas ceux des monastères médiévaux…

D’autre part, vous avez peut-être remarqué en tant que spectateur que les gros plans sur certaines pages (avec une petite musique de fond, snif). L’écriture devait donc être lisible et compréhensible à l’écran. D’où simplification parfois un peu grossière, et surtout, l’usage de l’anglais.

Why english ? C’est bizarre, non ?

Dans toute la série on entend parler d’autres langages, comme le Haut-Valyrien, mais nada, tout est écrit en anglais. Curieux, non ?

Evidemment, pour écrire en anglais moderne, il a fallu adapter les écritures originelles (principalement des onciales, des carolingiennes et des proto-gothiques), en y ajoutant tous ces caractères qui n’existaient pas dans les manuscrits médiévaux en latin : y, w, z, k, j, par exemple.

Pour la lisibilité, les graphistes ont également évité de recourir à des contractions de lettres, ce qui était fréquent dans les manuscrits médiévaux pour des raisons d’optimisation de l’espace, de mise en page et de coût (car le parchemin est coûteux !).

Mais quand même… Qui n’a pas fantasmé sur les écritures énigmatiques et mystérieuses du Seigneur des Anneaux ? Le Sindarin, l’Elfique, le Tengwar… Voilà, entre autre, le fossé IMMENSE qui sépare la saga de George Martin de l’oeuvre de JRR Tolkien. Tolkien est allé au bout de la dystopie : il a créé un univers, des peuplades, mais aussi des langages entiers et des écritures, car c’était un éminent linguiste.

Pour Games of Thrones, on est donc un « léger » cran en dessous, on se rattrapera sur les décors et les costumes.

Quelques autres exemples de calligraphies utilisées dans Game of Thrones

Dans la série, les courriers vont bon train, transmis via des corbeaux supersoniques plus rapides que les livreurs DHL. Il y a peu de zoom sur ces fameux petits rouleaux, néanmoins en voici quelques-uns issus d’une exposition sur le making-off (toutes les images sont copyright HBO).

On note que l’écriture est moins soignée, plus cursive, et personnelle à chaque expéditeur.

On note également un cocktail d’influences un peu improbable, tout ça à la même époque… Mais pour le téléspectateur lambda, cela n’a pas grande importance j’imagine.

La lettre du méchant Ramsay Bolton à Jon Snow : y-a-t-il un paléontologue dans la salle ?
La lettre de Cersei à Jon Snow : un peu de chancelière, pour changer
Lettre de Sam Tarly à Jon Snow : Le petit Sam a quant à lui apprit à écrire en onciale, c’est bien aussi, ça change

Et quand même le calli-faux-pas…

Si on ne connait rien de rien à l’écriture et à la calligraphie, tout ce cocktail d’influence passe allègrement, sauf, je pense, ce petit faux pas :

Le gros vilain tag dans la cité de Meereen !

Meereen c’est quand même la ville où personne ne parle la langue commune (l’anglais, en fait, vous avez bien compris), mais les esclaves ont quand même taggé les murs « KILL THE MASTERS ». Oups… they did it ! On dirait même que cela a été fait à la bombe, incroyable !

Ok, la production était peut être très très en retard et n’avait pas le temps de solliciter un graveur lapidaire « juste pour des questions de vraisemblance ». Ce faisant, on checke les 2 objectifs : lisibilité et compréhension du texte pour le mangeur de série lambda [rires].

C’était bien quand même, même si le final…. bon c’est une autre histoire ! Passez de bonnes vacances,

Valar Morghulis !

Véro

3 thoughts on “Les calligraphies dans Game of Thrones”

  1. Ahah ahah ! Mais cet article, Véro, mais t’es incroyable ! Moi aussi je suis au taquet avec GOT, mais tu vois, même mon œil de lynx paléo-typo-calligraphique n’avait pas remarqué tout ça, tellement j’étais prise dans l’histoire ! Il faut dire que les images d’écritures sont si brèves qu’on a juste le temps de voir que c’est calligraphié à la main, que le rythme est correct et que calligraphie fait plutôt médiéval, mais je t’avoue que, comme le spectateur lambda, je n’ai rien vu de particulier. Sauf la chancelière de Cercei, là, même en une microseconde, j’avais vu qu’elle avait l’air dégueu, je le confirme maintenant que je vois tes photos ! Ta mise en lumière du sujet me donne donc l’occasion de voir toutes ces écritures pour de vrai. Mais tu as raison, dommage qu’ils n’aient pas poussé plus loin l’idée avec des alphabets cohérents. C’est vrai, ça, pourquoi l’anglais ??? Ils ne devaient pas avoir d’idées ou personne sous la main pour créer des alphabets imaginaires… dommage…

    1. En fait, Tolkien n’a pas vraiment créé des langues pour son univers, mais plutôt un univers pour ses langues (il était linguiste et inventait des langues avant d’écrire des livres). Ce n’est pas le cas de George Martin, qui avait juste inventé quelques mots en haut-valyrien. Des linguistes ont donc du travailler dessus pour la série, et ont créé une langue qui tient la route (il y a d’ailleurs un cours sur Duolinguo pour l’apprendre).
      L’usage de l’anglais s’explique parce que la langue commune, qui sert de « lingua franca » dans l’univers de la série, est assimilée à celle du spectateur pour être compréhensible par lui : si les textes en langue commune n’étaient pas écrits en anglais, alors les dialogues en langue commune ne devraient pas non plus l’être… et la série serait surement difficile à suivre en valyrien sous-titré !
      C’est d’ailleurs la même chose dans le Seigneur des anneaux : si les langues elfiques sont employées en version « originale », à l’oral comme à l’écrit, la langue véhiculaire commune est bel et bien celle du spectateur, et le serait surement aussi à l’écrit.

      Si l’usage des langues construites dans ces deux univers vous intéressent, Linguisticae a fait des vidéos dessus sur Youtube.

      Sinon, à la décharge de la chancelière de Cersei, ce n’est pas vraiment de la calligraphie mais son écriture normale, donc ça parait logique qu’elle ne soit pas extrêmement soignée…

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